70. Cinéphile

Dans cet exercice, l’histoire est racontée en incluant une cinquantaine de titres de films. Vous trouverez ci-dessous des extraits de certains d’entre eux, qui me tiennent particulièrement à coeur.

Tous les matins du monde (1991). Un succès considérable (2 millions d’entrées) et inattendu pour ce film d’Alain Corneau, qui a largement contribué à remettre au goût du jour la viole de gambe. Jean-Pierre Marielle, inoubliable, campe M. de Sainte-Colombe, un musicien austère et intransigeant, qui tente de transmettre son art à son élève Marin Marais (Gérard et Guillaume Depardieu).

Le Crabe-tambour (1977). Une ambiance unique. La mer, le Grand Nord, les étraves des bateaux qui fendent les énormes vagues, le mutisme des officiers, les souvenirs d’Indochine, les fidélités par delà le temps qui passe… Jean Rochefort et Jacques Perrin, Jacques Dufilho et Claude Rich… toute une génération de comédiens qui ont marqué leur époque.

Coup de tête (1979). Jubilatoire! L’un des très rares film à ironiser sur le football, vache sacrée de la société française. Patrick Dewaere y incarne un joueur viré de son équipe et faussement accusé d’un viol, qui suite à un concours de circonstance se trouve réintégré et marque deux buts lors d’un match important. Devenu une vedette, donc intouchable, il en profite pour se venger de tous ceux (dirigeants, supporters, flics) qui s’étaient acharné sur lui quelques jours plus tôt.

La Grande ville (1963). Satyajit Ray (1921-1992) est un des plus grands génies de l’histoire du cinéma, et La Grande ville est une de ses grandes réussites. À Calcutta, le mari d’Arati, employé dans une banque, perd son travail. La jeune femme décide de trouver un emploi. Elle accède ainsi à une indépendance qu’elle n’aurait jamais osé imaginer – mais elle se heurte aussi aux préjugés de son entourage. Portée par la sublimissime Madhabi Mukherjee, icône du cinéma indien, ce film est une radiographie subtile et sensible de la société indienne – bien loin des films « engagés » lourdingues dont on nous abreuve aujourd’hui.

Les Nouveaux monstres (1977). La comédie italienne à son sommet! Le film est composé de douze sketchs. Voici celui dans lequel Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman saccagent la cuisine d’un restaurant… alors que les clients n’y voient que du feu. L’anti Top Chef! Parmi les autres sketchs que vous trouverez sur Internet, je recommande Tantum ergo, Premiers soins, Comme une reine et Sans paroles, avec la sublime Ornella Muti.

La strada (1954). On reste en Italie avec le chef d’oeuvre de Federico Fellini (1920-1993), couronné d’un Oscar et du Lion d’argent de la Mostra de Venise. L’itinéraire bouleversant de deux forains dans l’Italie de l’après-guerre: le grand costaud Zampano (Anthony Quinn) et la toute menue et lunaire Gelsomina (Giulietta Masina). Le tout accompagné par l’inoubliable musique de Nino Rota.

Le Prix du danger (1983). Un brûlot malheureusement visionnaire sur la « télé-réalité ». « Le prix du danger » est une émission dans laquelle un candidat est pourchassé par cinq tueurs – qui cherchent réellement à l’éliminer. L’émission fait des scores d’audience considérables, jusqu’à ce que Gérard Lanvin en devienne candidat. L’un des délices du film est la galerie de portraits qu’il propose des professionnels de la télévision: le PDG (Bruno Cremer), la productrice (Marie-France Pisier) et le présentateur (Michel Piccoli), cyniques et cupides, prêts à tout pour flatter et manipuler le public. Est-ce pour ça que le film a disparu des écrans radar des rediffusions ?

Labyrinthe (1986). Un film signé du génial marionnettiste Jim Henson (créateur du Muppet Show). La jeune Sarah (Jennifer Connelly) doit traverser un labyrinthe peuplé de créatures étranges pour libérer son jeune frère, enlevé par le maléfique roi des gobelins. Beaucoup d’imagination et un esprit « artisanal » qu’on ne connait plus aujourd’hui, où l’imagerie par ordinateur a tout vampirisé. En prime, dans le rôle du roi des gobelins, David Bowie, qui a aussi signé la musique du film.

La Grande bouffe (1973). Quatre bourgeois blasés décident de se suicider en mangeant. Charge violente contre les excès d’une société qui ne vit plus que pour la consommation, le film a fait scandale à sa sortie. Il montre en tout cas que les stars de l’époque (Philippe Noiret, Michel Piccoli, Marcello Mastroianni et Ugo Tognazzi, excusez du peu) pouvaient s’engager dans des oeuvres peu consensuelles. Philippe Noiret a dit: « Nous avons tendu un miroir aux gens et ils n’ont pas aimé se voir dedans. C’est la preuve d’une grande connerie. » Qui oserait dire ça, aujourd’hui ?

Et pour quelques dollars de plus (1965). Sergio Leone (1929-1989), l’homme qui a réinventé le western. Sa science du cadrage, son souci du détail, son goût des grands espaces, ses choix de casting géniaux… On retrouve ici Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Gian Maria Volonté dans un duel orchestré au millimètre, avec en toile de fond la musique d’Ennio Morricone.

La Vie est un long fleuve tranquille (1988). Une infirmière jalouse a échangé deux bébés à la naissance. Des années plus tard, pour se venger de son amant médecin, elle révèle l’affaire. Deux familles que tout oppose socialement vont alors entrer en contact… Ce classique de la comédie française a fait un tabac à sa sortie. Les Le Quesnoy et les Groseille sont devenus des icônes et certaines scènes sont culte – celle-ci tout particulièrement: